Joni Mitchell, le spleen et la colère

(documentaire réalisé par Clara et Julia Kuperberg - France, 2022)

En 1967, une jeune chanteuse de folk quitte sa famille, son mari et son Canada natal pour tenter sa chance aux États-Unis. Joni Michell chante d’une voix douce et grave et joue de la guitare sèche comme personne. Ses accords laisseront Eric Clapton stupéfait. À New York, l’ancien leader des Byrds, David Crosby, la remarque et la prend sous son aile. Ensemble, ils rejoignent en Californie les communautés de hippies qui tentent d’échapper à une Amérique conservatrice et puritaine. La réputation de Joni Mitchell rencontre alors un écho grandissant. Au sein du Flower Power, où évoluent aussi Joan Baez et Janis Joplin, féministes et engagées, ou un Bob Dylan contestataire, elle se démarque par son refus de suivre les modes de la contre-culture. Ses textes, d’un raffinement inédit, sont d’une facture intimiste et poétique. Ce style nouveau dans la scène folk rencontrera un succès public stupéfiant, et ses albums Clouds, Blue ou Hejira marquent leur époque. Introspective, sa musique devient l’une des incarnations d’une Amérique éprise de liberté.

L’Amérique désenchantée
C’est l'histoire d’une artiste exigeante et digne, qui, en quarante ans de carrière, n'a jamais accepté les compromis. Mondialement respectée, Joni Mitchell continue d'inspirer les nouvelles générations. Diana Krall, Katy Perry, Taylor Swift, Harry Styles ou Kanye West se revendiquent de son influence, prenant la suite de Prince, Eurythmics, Björk, Madonna ou Janet Jackson. Archives et témoignages (dont des entretiens avec Joni Mitchell et David Crosby) balisent l’évocation d’une grande dame qui ne s’est jamais cantonnée à un style, passant du folk au jazz et à la pop. Joni Mitchell, qui finit par ne plus supporter les magouilles de l’industrie du disque, fut sans doute la première à chanter l’écologie et évoqua l’aliénation des femmes enfermées dans leurs banlieues dorées. L’Amérique désenchantée avait trouvé sa voix.

(ARTE)

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Pour plus d'explications sur les harmonies de Joni Mitchell et ses accords suspendus : Joni Mitchell, Chords of Inquiry


The songs of Joni Mitchell - concert au Casino de Paris, le 17 novembre 2025

Kate Stables, Jesca Hoop et Lail Arad réunissent un collectif d'exception pour revisiter le répertoire de Joni Mitchell sur la scène du Casino de Paris. Plus qu'un concert, cette soirée célèbre l'écriture et les engagements d'une figure majeure de la musique folk.

Sans jamais déserter le folk dont elle reste une icône, Joni Mitchell, immense songwriter et chanteuse canadienne, n'a cessé d'explorer de nouveaux chemins musicaux et poétiques. Celle qui n'a jamais chanté que ses propres textes a signé des dizaines de titres maintes fois repris. Si elle ne monte plus sur scène qu'exceptionnellement – elle a fêté le 7 novembre 2025 ses 82 printemps –, une poignée d'étoiles confirmées (Gail Ann Dorsey, Yael Naim, Charlie Winston) ou montantes (Naomi Greene, Lail Arad, Kate Stables, Jesca Hoop, Lonny, le groupe Delgres et Marouchka Danaë) ont voulu lui rendre un hommage à la hauteur de l'influence qu'elle exerce. Après une tournée à travers le Royaume-Uni et l'Irlande, ces émules ont fait halte au Casino de Paris en novembre dernier pour interpréter une quinzaine de chansons, dont certaines des plus fameuses. Avec une énergie collective pleine de fraîcheur, chaque artiste alternant solos, chœurs et accompagnement instrumental (guitare, piano, basse…), ce concert met en lumière, outre le talent de cette troupe de circonstance, la formidable inventivité des textes et des musiques de Joni Mitchell. Tissés de joie pure et d'ombres complices, ils expriment aussi, avec un humour caustique qui fait mouche, les convictions de la chanteuse : féminisme, écologie, justice sociale.  

Ferveur et chaussettes vertes

Avec aux chœurs ses alliées folk Jesca Hoop et Lail Arad, la jeune Anglaise Kate Stables (alias This is the Kit) ouvre le bal en chaussettes vertes pour le formidable "Raised on Robbery", avant de troquer sa guitare pour un dulcimer, instrument à cordes frappées de la famille des cithares, pour "A Case of You". Suivent "River" par Lonny, "Big Yellow Taxi" par Lail Arad, "All I Want" par la harpiste et chanteuse Naomi Greene, "Conversation" et "Woodstock" par Charlie Winston, "Both Sides Now" par Yael Naim… Ancienne bassiste de Davie Bowie – entre autres –, l'intense Gail Ann Dorsey s'empare de "Cherokee Louise" et "Shades of Scarlett Conquering", deux titres moins célèbres, mais non moins vibrants. Le rideau tombe sur "Free Man in Paris", un tube de 1974, avec un tutti fervent, à la mesure de l'allègre ironie de la chanson sur le pouvoir écrasant de l’industrie musicale. 

(ARTE)

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Chapitres

(Textes des paroles)

joni mitchell

0:00:49 Raised on Robbery - Kate Stables, Jesca Hoop, Lail Arad & Richard Sears

0:03:23 A Case of You - Kate Stables

0:07:36 Morning Morgantown - Jesca Hoop

0:10:59 Amelia - Jesca Hoop & Richard Sears

0:16:15 River - Lonny & Richard Sears

0:20:32 Rainy Night House - Lonny, Jesca Hoop, Kate Stables, Lail Arad, Naomi Greene, Theodora de Lilez & Richard Sears

0:23:23 Refuge of the Roads - Theodora de Lilez & Sage

0:28:28 Big Yellow Taxi - Lail Arad

0:32:33 Carey - Lail Arad, Lonny, Jesca Hoop, Kate Stables & Richard Sears

0:36:34 California - Delgres & Marouchka Danaë

0:41:24 Little Green - Delgres & Marouchka Danaë

0:45:44 All I Want - Naomi Greene

0:49:18 Come in From the Cold - Naomi Greene, Kate Stables, Lonny, Lail Arad & Richard Sears

0:55:30 Conversation - Charlie Winston

0:59:36 Woodstock - Charlie Winston, Naomi Greene, Kate Stables, Lail Arad, Theodora de Lilez, Gail Ann Dorsey

1:05:25 Cherokee Louise - Gail Ann Dorsey

1:10:08 Shades of Scarlett Conquering - Gail Ann Dorsey & Richard Sears

1:15:22 Blue - Yael Naim

1:19:48 Both Sides Now - Yael Naim

1:25:15 Final : Free Man in Paris