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Les faits relatés dans ce film sont authentiques, et les détails sont très près de la réalité historique. Le pape Pie IX a été le dernier pape-souverain des États Pontificaux avant que l'Italie déjà unifiée au nord et au sud n'envoie ses troupes sur Rome pour en faire sa capitale. Jusqu'à nos jours, ce pape a eu le plus long mandat pontifical (près de 32 ans) de l'histoire de l'Église catholique. Concernant la politique publique de son état, il a été moderniste au début de son pontificat, installant notamment le chemin de fer et l'éclairage public et instaurant la liberté de la presse. Par contre, dès 1848, alors que des révoltes se développent un peu partout en Europe, notamment en France et dans le nord de l'Italie et que se crée l'éphémère république romaine de Garibaldi, ses penchants réactionnaires vont s'affirmer de plus en plus, jusqu'à devenir le pape le plus exécrable et honni de l'histoire moderne, battant même Pie XII dans la hiérarchie des pontifes les plus vils.
L'enlèvement par le pape d'un enfant juif, parce que baptisé par une servante, à l'insu de ses parents, pour en faire un parfait petit chrétien, n'était pas un cas unique. De pareils faits ont eu lieu sous les papes précédents. Mais cette atrocité a ici pris une dimension politique sans précédent, dans le contexte politique italien et européen. L'événement a été très médiatisé et a révolté non seulement les mouvements les plus progressistes, mais aussi les milieux catholiques eux-mêmes. Les côtés réactionnaires de ce pape n'ont cessé de s'exarcerber. Sa haîne des juifs, des francs-maçons, du socialisme naissant n'ont certainement pas été sans influence sur les esprits des peuples européens qui se sont enfoncés dans toute la première moitié du vingtième siècle dans les plus hideuses des actions antisémites, de l'affaire Dreyfus au nazisme, en passant par les nombreux pogroms.
Certes ce n'était pas nouveau. Cela fait deux mille ans que les chétiens ont massacré autour d'eux tous ceux qui n'acceptaient pas leurs balivernes, et en particulier les juifs, jugés responsables de l'exécution d'un prédicateur juif lui-aussi, qu'aucune source historique digne de ce nom ne rapporte, mais un opportuniste du nom de Saul de Tarse en a fait une espèce d'homme-dieu, et s'en sont suivis des écrits de sa part et de quelques autres illuminés, n'ayant d'ailleurs pas peur de se contredire l'un l'autre. Cet épisode serait d'ailleurs resté purement anecdotique si l'empereur Constantin n'avait pas jugé opportun, trois siècles plus tard, de l'ériger en religion d'état, monothéiste (malgré, curieusement, la présence d'un trio de dieux) comme élément fédérateur de son empire de plus en plus menacé d'effritement, les Romains ayant toujours fait preuve d'une religiosité marquée, bien plus que les Grecs dont leur civilisation est pourtant issue.
Pour en revenir à ce funeste Pie IX, c'est lui qui a inventé le dogme de l'Immaculée Conception (qui contrairement à ce que beaucoup pensent, n'est pas le fait que la mère de JC l'eût enfanté tout en restant vierge - ça, c'est une autre histoire - mais le fait qu'elle soit elle même née de sa mère Anne, dépourvue du péché originel qu'Adam et Ève ont transmis à tous les hommes, et qu'on ne peut laver qu'avec quelques gouttes d'eau, tout en prononçant une formule magique). Des années plus tard, alors que le territoire sur lequel il régnait, de Terracina à Bologne, en passant par Rome et Ancone, était sur le point d'être assimilé à l'Italie qui fera de Rome sa capitale, il s'empressa de réunir le concile de Vatican I, où il fit approuver le nouveau dogme de l'Infaillibilité Pontificale, autre cornichonerie inventée de toute pièce, mais qui allait aussi faire bien des dégats sur les esprits par la suite. Le dogme étant approuvé, et devant l'avancée des troupes italiennes, le concile fit ajourné sine die, mais l'essentiel était acquis.
Au contexte historique entourant Pie IX et l'unification de l'Italie, il faut encore ajouter le rôle de la France du Second Empire. Napoléon III était favorable à l'unification des peuples, en Italie, mais aussi en Allemagne. Il aida donc Victor Emmanuel II de Piémont-Sardaigne et son ministre Cavour à conquérir la Lombardie-Vénétie occupée par les Autrichiens. En échange, et pour faire court, la France reçut du Royaume de Piémont-Sardaigne, le Duché de Savoie et le comté de Nice, par le traité de Turin de 1860 et après consultation populaire des habitants de ces teritoires, pour lesquels l'appartenance à la France était, pour le grand nombre, naturelle, ayant déjà été territoires français sous la Révolution et le Premier Empire.
Par contre Napoléon III s'opposait à l'annexion à l'Italie des États pontificaux. Des garnisons et des troupes françaises y furent placées pour en assurer la défense. Mais déjà l'épisode relaté dans ce film, datant de 1858 choqua jusqu'à l'opinion d'un grand nombre de catholiques français, Napoléon III retirant alors une partie conséquente de ses troupes. La défaite de Sedan lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et la chute de l'Empire marqua la fin de la défense française des territoires pontificaux. Ceux-ci étant envahis, et l'Italie faisant de Rome sa capitale, le statut de la papauté resta flou pendant près de 60 ans, jusqu'aux accords du Latran, signés en 1929, dans l'Italie de Mussolini, donnant officiellement au pape la souveraineté de la Cié du Vatican.
Malgré que ce pape Pie IX fut à mon sens le plus odieux de l'époque contemporaine, des appels à sa béatification furent lancés dès le début du XXe siècle. Mais il faudra attendre le 3 septembre 2000 pour qu'un autre pape, lui aussi passablement réactionnaire, finisse par prononcer sa béatification, en même temps que celle du progressiste Jean XXIII (celui de Vatican II, pas son homonyme pisan du début du XVe siècle, dont le tombeau sculpté par Donatello se trouve dans le baptistère de Santa Maria del Fiore à Florence). Ce geste fut d'ailleurs désapprouvé par beaucoup, ainsi qu'en témoigne par exemple cet article du Monde :
« Béatification de Pie IX et de Jean XXIII, deux papes que tout oppose
Jean Paul II devait béatifier, dimanche 3 septembre à Rome, deux de ses prédécesseurs, Pie IX, qui a régné sur l'Eglise de 1846 à 1878, et Jean XXIII, pape de 1958 à 1963. L'association de deux souverains pontifes que tout oppose suscite l'indignation de certains historiens et théologiens. Pie IX personnifie en effet une conception rétrograde du rôle papal et de la doctrine catholique, alors que Jean XXIII, initiateur du concile Vatican II, symbolise l'entrée de l'Eglise dans la modernité. Les opposants à ce rapprochement surprenant suspectent Jean Paul II d'avoir, en béatifiant Pie IX, voulu ménager les milieux traditionalistes, adversaires de toujours de l'oeuvre de Jean XXIII. En France et en Belgique circule une pétition, signée par Mgr Jacques Gaillot, dénonçant une décision qui « jette le discrédit sur l'Eglise ».

Pour avoir été baptisé à l’insu de ses parents, un petit garçon est arraché par l’Église catholique à sa famille juive. S’emparant d’une histoire vraie qui secoua l’Italie du XIXe siècle, Marco Bellocchio dénonce dans un drame bouleversant la violence de l’arbitraire religieux.
1852. Alors que s’allument les premiers feux de l’unification italienne, Bologne appartient encore aux États pontificaux – le pouvoir temporel y est exercé par l’Église, sous la souveraineté du pape Pie IX. Dans une maison du quartier juif de la ville, le petit Edgardo, l’un des huit enfants de la famille Mortara, est baptisé dans son berceau, en secret, par sa jeune nourrice catholique qui le croit à l’article de la mort. Apprenant les faits six ans plus tard, le tribunal du Saint-Office ordonne, par la voix du père inquisiteur monseigneur Feletti, d’enlever l’enfant à sa famille : désormais catholique, Edgardo a vocation à être élevé dans le giron de l’Église. Il est envoyé à Rome dans le collège de catéchumènes attaché au Saint-Siège, où il est patiemment converti sous l’œil de Pie IX lui-même, sans que ses parents ni la communauté juive ne parviennent à s’y opposer. Alors que l’affaire s’ébruite, soulevant l’indignation au-delà des frontières italiennes, et que la communauté catholique se déchire, le pape, intransigeant et voyant son pouvoir s’effriter, s’arc-boute sur les principes du droit canonique. Pendant ce temps, le garçon, bon élève, oublie peu à peu ses racines hébraïques…
(ARTE)
Après ...
Comme le montre la fin du film, Edgardo abandonne complètement la religion juive, ne voit pratiquement plus sa famille et devient prêtre sous le nom de Pio Maria Edgardo Mortara. Son père Salomone Mortara meurt précocement en 1871, victime de sa notoriété internationale, après avoir été la cible du parti clérical. Sa mère le rencontre finalement en 1878, âgé de 27 ans, après plusieurs années d'attente. Il tente en vain de la convertir au catholicisme, elle et les membres de sa famille. Devenu chanoine du Latran, il est envoyé à partir de 1878 comme « missionnaire pontifical » en Europe, en Italie, dans de nombreuses villes de France, d'Espagne et d'Allemagne, toujours investi de la mission de convertir les Juifs au catholicisme. Mortara est un prédicateur hyperpolyglotte (italien, allemand, espagnol, basque, français, latin, grec, hébreu, anglais) et versé dans la culture biblique. Il prêche aussi à New York mais là, l'archevêque fait savoir au Saint-Siège en 1897 qu'il s'oppose aux tentatives de Mortara d'évangéliser les Juifs en terre américaine et que son prosélytisme met l'Église américaine dans l'embarras.
Il fut toujours reconnaissant à Pie IX pour l'éducation qu'il avait reçue. Ses écrits montrent qu'il n'a jamais compris l'enjeu dont il avait été l'objet dans son enfance, ni l'importance que son enlèvement avait revêtu dans l'histoire des idées politiques du xixe siècle.
En 1906, il se retire à l'abbaye du Bouhay, à Bressoux, près de Liège, où il meurt le 11 mars 1940, à l'âge de 88 ans.
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Opéra Garnier
L'opéra Garnier ou palais Garnier a fêté ses 150 ans en 2025. Pendant toute l'année 2025 et jusqu'en février 2026, spectacles, festivités, expositions se sont succédés pour commémorer l'événement.
Voulu par l'empereur Napoléon III, il a été inauguré sous la IIIe République, le 5 janvier 1875. Comme nous l'avons vu dans un article précédent, il est la treizième salle d'opéra de Paris, et l'avant dernière avant l'inauguration, en 1989, dans le cadre des fêtes du bicentenaire de la Révoliution, de l'opéra Bastille. Aujourd'hui, les deux théâtres sont regroupés au sein de la même institution publique, appelée Opéra de Paris. L'opéra Garnier constitue à coup sûr le joyau du Paris radicalement transformé sous Napoléon III sous la direction du préfet de Paris, Georges-Eugène Hausmann. Il a été localisé dans ce qui fut à l'époque le Paris nouveau, le quartier des affaires, des grands magasins et des joailliers, s'étendant vers l'ouest. Il aura pourtant fallu des circonstances très particulières, en réalité deux désastres pour que ce nouvel opéra voit le jour : d'une part l'attentat de Felice Orsini dirigé contre l'Empereur devant l'Opéra de l'époque, situé rue Le Peletier, en 1858, qui fit huit morts et 156 blessés, mais dont Napoléon III et son épouse Eugénie sortirent indemnes, a incité l'Emepereur à vouloir la construction d'un opéra plus sécurisé, et d'autre part, après la défaite de 1870 face à la Prusse, alors que les travaux sont arrêtés pendant trois ans, l'incendie soudain, et fort heureusement de nuit, de l'Opéra de la rue Le Peletier, pour que la IIIe République décide de terminer l'Opéra du Second Empire, seule solution pour que Paris puisse rapidement se pourvoir d'une nouvelle salle d'opéra.
Après l'attentat d'Orsini, un concours est donc très vite organisé, avec des instructions précises, dont la principale est la sécurité de l'Empereur. De nombreux architectes soumettent leurs projets, mais de façon strictement anonyme. Et contre toute attente, tous les architectes de renom sont progressivement éliminés, dont certains dès le premier tour, tel qu'Eugène Viollet-le-Duc.
Le gagnant du concours est un jeune architecte d'à peine 35 ans et quasi inconnu. Il n'a encore presque rien réalisé, mais il a quand même obtenu le Prix de Rome, ce qui lui vaut un séjour de pratiquement cinq ans à l'Académie de France à Rome, à la Villa Médicis, d'où il peut parfaire sa connaissance de l'art et de l'architecture de l'Antiquité, mais aussi de la Renaissance. Il s'y lie également avec tout un groupe de compatriotes excellant dans des arts divers, architecture comme lui, mais aussi peinture et sculpture. Ces cinq années passées à Rome auront une influence importante sur la suite de la carrière de Charles Garnier.
La suite, nous allons la découvrir dans le documentaire ci-dessous. J'y ai ajouté les titres des oeuvres musicales entendues en fond des commentaires, la plupart du temps des musiques d'ouvertures d'opéras. Les oeuvres graphiques illustrant les propos sont également numérotées, et sont détaillées dans un document pdf en lien sous le documentaire. Si vous préférez ne pas être dérangés par ces informations, vous pouvez désactiver l'une d'entre elles ou les deux en modifiant le choix des sous-titres.
Un Opéra pour un Empire
Film de Patrick Cabouat - France (2020)

Les oeuvres graphiques illustrant le film
Les photos de Louis Émile Durandelle du chantier de l'Opéra
La signature de Charles Garnier sur le plafond de la rotonde des abonnés
Andrew Lloyds Webber's Musical "Phantom of the Opera" - 25 years - Royal Albert Hall, 2 October 2011
Voir aussi

