Z

Costa gavras - 1969

À l'issue d'un meeting pour la paix, Z, un député de gauche, est gravement blessé par un militant fasciste et meurt... Premier volet de la trilogie politique de Costa-Gavras (suivi par "État de siège" et "L’aveu"), ce thriller sur l'assassinat du député de gauche Grigóris Lambrákis et sur la Grèce des colonels n’a rien perdu de son efficacité. Avec Yves Montand, Jacques Perrin, Jean-Louis Trintignant, Irène Papas, Charles Denner, Berbard Fresson, Jean Bouise, Pierre Dux, Julien Guiomar et beaucoup d'autres ...

Le contexte

Pendant la seconde guerre mondiale, la Grèce est occupée par l'armée italienne de Mussolini. La résistance grecque est composée en grande majorité de communistes. Celle-ci parvient même à reprendre le territoire de l'Épire, au nord-ouest du pays et à le contrôler. Après la guerre, les pays alliés, Américains, Britanniques, français et Soviétiques contrôlent tous les pays qui ont fait partie de l'Axe ou qui ont été occupé par celui-ci. En 1945, l'Empire britannique contrôle la Grèce. Les Britanniques voient d'un très mauvais oeil la grande influence des communistes grecs. La Grèce représente une région stratégique pour les Occidentaux, contrôlant l'est de la Méditerranée, mais par ailleurs isolée sous la Bulgarie dans la zone d'influence soviétique, et sous la Yougoslavie de Tito.

Au traité de Yalta, Churchill obtient de Staline que les Soviétiques n'interviendrons pas dans les affaires interieures grecques. En échange, les Occidentaux n'interviendront pas dans les relations entre l'Union soviétique et la Yougoslavie, qui, bien que restant non-alignée, est quand même un pays devenu communiste.

Inmanquablement, les tensions montent en Grèce entre communistes du Parti KKE et la droite nationaliste et royaliste. Une guerre civile éclate en 1946 et durera jusqu'en 1949. Elle n'aura rien à "envier" à la guerre d'Espagne de 1936, bien qu'on en parle rarement. Elle fera 210.000 morts, dont 150.000 civils, 20.000 parmi les troupes royalistes et 40.000 parmi les partisans. Grâce au soutien britannique, les Américains reprénant ce rôle en 1947, du fait aussi de la rupture de Tito avec Moscou, et de son rapprochement économique avec les Occidentaux, privant les communistes grecs de leur base arrière, la droite royaliste finit par l'emporter. Outre les morts, de nombreux Grecs dans l'opposition choisissent l'exil. Ils peuvent quitter le pays via la Bulgarie à condition de ne pas être en uniforme et de ne pas être armés.

Dès lors, bien que restant une démocratie, la Grèce se voit se succéder les gouvernements autoritaires de droite appyés par la Monarchie. Le parti communiste est interdit et les partis de gauche sont divisés. La gauche est représentée par l'EDA, l'Union de la gauche démocratique, fondée par le parti communiste clandestin. L'EDA est progressivement rejoint par les autres partis de gauche, qui obtient jusqu'à 25% des voix en 1958 puis 14% en 1961. En 1961, le centre de Geórgios Papandréou emporte 33% des suffrages et lance une politique de lutte contre les dérives autoritaires. 

En 1961 également, le médecin et athlète grec Grigóris Lambrákis (il a remporté plusieurs médailles d'or aux jeux balkaniques) devient député de l'EDA au Pirée, le port d'Athènes. Il devient très rapidement la figure emblématique de la gauche. Le 21 avril 1963, il organise une marche pour la paix de Marathon à Athènes. La marche est interdite et plusieurs figures de gauche sont arrêtées dont le compositeur Míkis Theodorákis. Jouissant de son immunité parlementaire, Lambrákis l'effectue donc seul, brandissant une banderolle montrant les mots 𝞔𝞚𝞚𝞐𝞢 (Grèce) entouré de deux signes de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire ☮️. Les tensions s'accroissent entre la gauche et même le centre d'une part et le roi Constantin II soutenu évidemment par la droite et l'extrême droite ainsi que par l'armée, pour qui Lambrákis devient un personnage à la popularité gênante.

En mai 1963, Grigóris Lambrákis se rend à Thessalonique, la seconde ville de Gèce, au nord du pays, pour y participer à un meeting du mouvement pour la paix. À la sortie du meeting, au soir du 22 mai 1963, il est frappé violemment par deux hommes à bord d'un triporteur, Emannouil Emannouilidis et Spyro Gotzamanis. Gravement touché à la tete, il est opéré par plusieurs médecins venus de l'étranger, sans succès. Son agonie dure cinq jours, pendant lesquels plusieurs personnalité de l'EDA, dont Míkis Theodorákis. Il meurt le 27 mai. Toute manifestation est interdite dans les rues d'Athènée et Théssalonique. Elles auront lieu quand même. Après la mort du député, Theodorákis fonde les Jeunesses Lambrákis, qui joueront un rôle de premiere importance dans l'opposition à l'extreme-droite et à la dictature. Car après quatre années d'instabilité politique qui voient se succéder 10 gouvernements soit du centre, soit conservateur, l'armée organise un coup d’État, préparé depuis deux ans, orchestré par trois hommes : le colonel Geórgios Papadópoulos, le colonel Nicolaos Makarezos et le général Stylianós Pattakós. Ce régime autoritaire restera gravé dans l’Histoire sous le nom de dictature des colonels, un régime dur où de nombreux opposants seront envoyés dans des camps, où ils subiront la torture, dont Míkis Theodorákis, qui ne sera libéré qu'en avril 1970, et partra en exil à Paris où il rejoindra Melina Mercouri et Costa-Gavras.

Lorsque Costa-Gavras et son scénariste Jorge Semprún prépare le film Z d'après le roman éponyme de Vassílis Vassilikós, Theodorákis est donc emprisonné. Mais il parvient à faire passer un message à Costa-Gavras l'invitant à puiser à souhaits dans son oeuvre musicale pour illustrer le film. La musique y joue de fait un rôle capital, dont le fameux O Antonis, une chanson qui raconte l'histoire d'un prisonnier grec au camp de concentration de Mauthausen en Autriche, qui aide des prisonnier juifs à porter les pierres de la carrière du Wiener Graben pour laquelle le camp a été construit.

Costa-Gavras a tenté de faire produire son film par plusieurs producteurs américains. Il n'y a subit que des refus. C'est finalement le jeune Jacques Perrin, acteur d'à peine 27 ans, qui propose de coproduire le film. Avec l'aide de l'acteur et réalisateur algérien Mohamed Zinet, il parvient à convaincre l'ONCIC (Office national algérien pour le commerce et l'industrie cinématographique) de coproduire le film, et le gouvernement algérien de permettre le tournage à Alger. Toutes les scènes sont de fait tournées à Alger. Il est bien compréhensible qu'il était impossible de les tourner en Grèce). L'Algérie, six ans après son indépendance était à la recherche de films militants et anticolonialistes. La demande fut doinc reçue avec enthousiasme. Costa-Gavras et Jorge Semprún sont très fidèle à la réalité des événements, malgré quelques libertés. Ainsi, Lambrákis ne s'est pas fait attaquer par le triporteur au milieu d'une foule mais dans un endroit beaucoup plus isolé, et les autorités de la gendarmerie n'étaient pas présentes. Il compresse aussi le temps entre l'assassinat de 1963 et le coup d'État qui a lieu 4 ans plus tard.

À aucun moment la Grèce ni le nom des villes et des vrais personnages ne sont cités malgré les allusions flagrantes. J'ai vu ce film 15 fois. J'avais bien repéré quelques indices laissés par Costa-Gavras pour suggérer la Grèce. Mais en revoyant ce film attentivement, à certains moments image par image, j'ai constaté que Costa-Gavras avait semé plein d'indices tout au long du film, certains n'apparaissant qu'une ou deux secondes. Je les décrits en-dessous de la vidéo.

Pour plus d'information sur le Grèce de 1945 à 2020 : Tableau de la Grèce depuis 1945, par l'historienne Juliette Estaquet.
 



Indices distribués au long du film suggèrant que l'action se passe en Grèce