1. La résurrection de l’année : Jane Austen
250 ans après sa naissance, Jane Austen connaît une popularité sans précédent. Entre adaptations en films ou séries, succès sur les réseaux sociaux, la romancière britannique fascine toujours autant. Décryptage d'un phénomène littéraire qui traverse les siècles.
Invitées de l'émission :
Marie-Laure Massei-Chamayou, maîtresse de conférences en études anglophones à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de Jane Austen et Claire Saim, encyclopédiste, co-autrice de “L'Encyclopédie Visuelle Jane Austen” (Hachette)
Contrairement aux idées reçues qui la placent dans la petite noblesse, Jane Austen occupait une position plus complexe et inconfortable. Comme l'explique Marie-Laure Massei-Chamayou : "Jane Austen était légèrement en marge de ce cercle magique qu'était la gentry foncière. Elle en avait la culture, le statut, l'éducation, les bonnes manières, les bienséances, mais pas les revenus." Cette situation marginale, dans une société où les nuances de statut étaient vraiment très importantes et où on jugeait beaucoup les gens sur l'apparence et sur le statut social, a profondément marqué l'écrivaine. "Elle a toujours été en marge, légèrement en marge. Elle en a souffert, mais ça lui a permis de développer une acuité particulière", souligne l'universitaire. Cette position d'observatrice à la fois intérieure et extérieure à son milieu explique en partie la finesse psychologique et la précision sociale qui caractérisent ses romans.
Cette volonté de contrôle s'est d'ailleurs étendue au-delà de sa vie. Comme le rappelle Claire Saim, une grande partie de la correspondance de Jane Austen a été détruite par sa sœur, ses frères, ses nièces et neveux, soucieux de contrôler le récit familial. L'une de ses nièces est même allée jusqu'à dérober les lettres échangées entre l'écrivaine et son père.
2. Jane Austen : autrice romantique et intemporelle
Avec :
- Clémence Pouletty, journaliste et chroniqueuse littéraire
- Claire Saïm, autrice de Jane Austen - L'encyclopédie visuelle (2024,éditions Hachette Heroes).
- Juliette Cousin, chercheuse en littérature britannique, créatrice du podcast Austen and Out.
Un féminisme avant la lettre, une autrice en avance sur son temps
Jane Austen évoluait dans un contexte familial favorable à l'éducation des femmes, ce qui était rare à l'époque de la Régence anglaise. Issue d'une famille de pasteur comptant huit enfants, elle était "la deuxième fille" et bénéficiait d'un accès à une bibliothèque familiale d'environ 500 livres, précise Claire Saïm.
Sans être ouvertement féministe - le terme n'existant pas encore -, Jane Austen portait déjà un regard critique sur la condition féminine. "Quand elle démontre les absurdités de son époque, je pense aux sœurs Dashwood, dans 'Raison et Sentiments', qui doivent quitter la maison familiale [...] Elle ne dit pas que ce n'est pas bien. Elle dit juste 'regardez comment ça se passe et voyez par vous-même'", explique Claire Saïm. L'autrice anglaise dénonce aussi les injustices de son temps, notamment à travers le système d'héritage qui prive les femmes de leurs biens familiaux.
Et puis, ses héroïnes se distinguent par leur indépendance d'esprit dans une société qui leur laisse peu de place. "Des héroïnes, qui sans grand discours, arrivent à exister par elles-mêmes, dans un monde qui ne leur laisse pas forcément de place", souligne Juliette Cousin. À travers ses romans, Jane Austen montre que pour une femme de l'époque, "l'indépendance passe par le mariage", mais elle questionne ce système en filigrane.
3. L'œuvre de l'écrivaine britannique Jane Austen
Avec les extraits suivants :
Sense and sensibility (1811), chapitre IX : Marianne Dashwood rencontre Willoughby. Northanger Abbey (posthume), chapitre II : la deception de Catherine qui assiste à son premier bal. Orgueil et préjugés (1813), chapitre I : portrait de Mrs Bennet4. Orgueil et préjugés , chapitre XXXIV : la déclaration d’amour de Darcy à Elizabeth. Emma (1815), chapitre XVI : réflexion d’Emma sur les sentiments de Mr Elton. Persuasion , chapitre XXIII : discussion entre Anne et Harville au sujet des sentiments amoureux.
La légende la décrit guindée, pas très jolie, et même vieille fille… Qu’importe : dans ses livres, elle critique surtout les conventions de son temps, le mariage notamment…Dans l’Angleterre du début du XIXème siècle, une jeune fille doit se marier, c’est une obligation, ce par quoi elle peut exister dans le monde.