Jean-Paul Rappeneau est décédé le 1er septembre de cette année, à l'âge de 94 ans. Il est, pour moi, un des tout grands réalisateurs de comédies du cinéma français. Bien qu'il ait été aussi rare que des géants comme Kubrick dans le cinéma américain, ou Flaubert dans la littérature française. En cinquante ans, il n'a réalisé que 8 longs métrages, mais auparavant il avait déjà brillé comme scénariste, notamment dans "Vie privée" de Louis Malle, avec Brigitte Bardot et Marcello Mastroianni, et déjà dans des comédies comme "Zazie dans le métro" du même Louis Malle d'après Raymond Queneau, et puis aussi dans "L'Homme de Rio" de Philippe de Broca, avec le jeune Jean-Paul Belmondo courant d'un bout à l'autre du film à travers tout le Brésil, en compagnie de Françoise Dorléac. Ce rythme endiablé de "L'Homme de Rio" sera une des caractéristiques de ses comédies. Mais sa plus grande particularité aura été de réaliser des comédies toujours de qualité, sans verser dans la caricature, presque toujours dans un contexte historique, souvent grave, comme le débarquement de Normandie, l'époque de la Terreur sous la révolution, une épidémie de choléra qui dévaste la Provence ou la fuite de l'administration française face à l'avancée allemande. Ses 8 longs métrages : La Vie de Château (1966), Les Mariés de l'An II (1971), Le Sauvage (1973), Tout Feu Tou Flamme (1982), Cyrano de Bergerac (1990, Césars du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur, et nommé aux Oscars), Le Hussard sur le Toit (1995), Bon Voyage (2003) et Belles Familles (2015).
Bon Voyage
Alors que la Wehrmacht s’installe en France, les aventures d’un écrivain en herbe dans le chaos de l’exode, et se retrouvant mêlé malgré lui aux ministres et hauts fonctionnaires de l'administration française repliée sur Bordeaux puis à Vichy, quand Paul Raynaud démissionne, que Pétain devient Président du Conseil, préconise l'armistice, alors que de Gaulle part pour l'Angleterre ...
Réussir une comédie aussi alerte dans le cadre de la débâcle française face aux nazis pouvait apparaître comme une gageure. Pour Jean-Paul Rappeneau, qui en 2003 n’avait pas tourné depuis huit ans, Bon voyage fut une renaissance. Évitant de se laisser écraser par les grands moyens dont il dispose – reconstitution historique oblige –, il cisèle un petit bijou d’aventures romanesques dont l’intelligence d’écriture (signée Patrick Modiano) et l’humour le tiennent à l’écart de toute faute de goût. Pris dans le grand tourbillon de l’histoire, le film sait aussi tenir à distance son sujet pour préserver la pure jubilation de la mise en scène. Avec Isabelle Adjani, Grégori Derangère, Gérard Depardieu, Virginie Ledoyen, Yvan Attal, et Peter Coyote.
