Les aventuriers de l'ARN messager

Documentaire réalisé par Raphaël Hitier (2023)

Raphaël Hitier est docteur en neuro-génétique, devenu journaliste, présentateur, chroniqueur puis réalisateur de documentaires. Ce n'est donc pas un vulgaire péquenaud issu des sombres souterrains des réseaux sociaux.

Si j'emploie un vocabulaire aussi peu châtié, c'est que j'ai été profondément choqué, pendant les années de pandémie de Covid-19, par les propos autant imbéciles que révulsants des antivaxx et par leurs théories fumeuses et malfaisantes, les sottises qu'ils pouvaient sortir sur des pseudo-mécanismes délétères d'un vaccin qui a sauvé des millions de personnes. De la part, bien évidemment de gens qui n'ont strictement aucune connaissance ni en génétique ni en biologie moléculaire. Par leurs propos ineptes, ils se sont rendus coupables de la prolifération des contaminations et de facto de morts qui auraient pu être évitées. Tels étaient par exemple des gens comme Francis Lalanne et Jean-Marie Bigard. Mais aussi des personnes que j'ai eu la malchance de cotoyer. Pas longtemps, je vous asure, car je les ai très vite boutés hors de ma vue. Je ne discute pas avec les crétins. J'évacue.

Le phénomène n'est évidemment pas nouveau, puisque dès la mise au point du tout premier vaccin, la "Vaccine", par le médecin britannique Edward Jenner en 1796 immunisant les humains contre la variole qui faisait des ravages depuis des siècles (et qui avait contribué à tuer 80% des Amérindiens à l'arrivée des Espagnols), des voix se sont immédiatement élevées contre cette méthode innovante. Et pas des moindres, puisque de nombreux médecins considérés comme éminents ont crié au scandale, préférant l'inoculation de faibles doses du virus de la variole, ce qui réussissait parfois, mais engendrait encore une mortalité importante. La vaccination généralisée et obligatoire contre la variole a permis son éradication de la Terre entière. Le dernier cas a été signalé en Somalie en 1977, et l'OMS l'a déclarée complètement éradiquée en 1980. Malgré ces faits, et de nombreux autres succès liés à la vaccination, on continue à rencontrer de ridicules antivaxx à tous les coins de rue. Aujourd'hui, dans un pays qui est à la pointe de la recherche bio-médicale, le Ministre de la Santé est Robert Kennedy Jr, un antivaxx notoire, n'ayant absolument aucune compétence dans le domaine, ni d'ailleurs en rien qui touche le domaine scientifique. Ce foutre-merde est un danger épouvantable pour la société. Sa place est dans un hôpital psychiatrique.

Mais il y a une autre classe d'individus, qui tout en n'étant pas antivaxx, profitent de la faiblesse d'esprit de ces gens pour tenter de se mettre en valeur. Ce sont les politiciens populistes. On a ainsi vu à l'oeuvre, pendant cette période de pandémie, des béotiens comme Marine Le Pen et, j'insiste particulièrement sur ce dernier, car il se prétend progressiste, l'ineffable Jean-Luc Mélenchon. Il a pu lors de cette pandémie, et particulièrement pendant l'élaboration et la distribution du vaccin à ARN messager, faire montre de son abyssale absence de culture, et on le lui pardonnerait s'il la fermait, mais non, bien au contraire, il a étalé son absence de connaissance dans les médias, à la tribune de l'Assemblée, et surtout, ce qui est impardonnable, dans les médias du milliardaire d'extrême-droite Vincent Bolloré, face à l'exécrable Hanouna. "Pas de phase III", cet ignare ne fait pas la différence entre un médicament traditionnel, administré de façon chronique, et un vaccin, administré de façon aïgue, où les phases d'études prolongées sont essentiellement observationnelles. "Agréé sur base de dossiers de presse". Il ignore complètement que tout principe médical, que ce soit un instrument, un médicament ou un vaccin, fait l'objet d'études poussées qui doivent toutes être soumises à la FDA et à l'EMA, revues et approuvées par des experts de ces organismes avant de faire l'objet d'une mise sur le marché. Tous les rapports de ces organismes étant consultables par tous en ligne. "Fabriqués à basse température - Je connais les basses températures car je les utilise pour conserver mon rabe de légumes de la veille". On rirait à gorge déployée s'il ne proférait pas ces âneries à la tribune de l'Assemblée, se couvrant de ridicule, et qu'ensuite il n'écoutait même pas la réponse du ministre de la Santé, un médecin, lui. Non Monsieur Mélenchon, ces vaccins ne sont pas fabriqués à basse température, car issus de la biotechnologie, ils nécessitent l'intervention de plusieurs enzymes qui sont actives aux environs de 37 degrés, et sont totalement inactives à des températures négatives. Mais Mélenchon n'en a que faire. Tout ce qui l'intéresse, c'est de convaincre les gens peu instruits, à la manière de Trump, en assénant des contre-vérités, dans le but de gagner des voix auprès des masses populaires qui n'ont pas le bagage pour pouvoir se faire une opinion, et qui croient celui qui gueule le plus fort. Infâme populiste. Tu es le meilleur tremplin dont puisse rêver Marine Le Pen.

Je vous propose donc de voir ci-dessous ce documentaire de 2023 qui résume de façon très abordable la longue recherche sur l'ARN et en particulier sur l'ARN messager (il y a d'autres formes d'ARN que celui-ci) depuis la découverte de leur rôle et de leur fonctionnement par les Français François Jacob, André Lwoff et Jacques Monod, Prix Nobel de Médecine 1965 jusqu'à l'élaboration de vaccins à ARN messagers après une longue série de recherches  de 60 ans dans ce domaine, par la Hongroise Katalin Karikó et l'Américain Drew Weissman, également Prix Nobel de Médecine en 2023.


VOIR LE DOCUMENTAIRE

Si la molécule d’ARN messager a permis, dans une sidérante course contre la montre, la mise au point en moins d’un an de vaccins contre le Covid-19, sa découverte et sa compréhension auront pris près soixante ans. En 1965, les Français François Jacob, Jacques Monod et André Lwoff de l'Institut Pasteur remportent le Nobel de médecine pour avoir identifié le processus par lequel l'ARN messager, fabriqué à partir de l’ADN, dirige la production de toutes les protéines dans les cellules. Un processus auquel sont soumis tous les êtres vivants, qui permet notamment aux cellules du pancréas de fournir de l’insuline ou à celles de la peau de produire les cheveux. Mais dans les années 1980, alors qu’à l’aube de la révolution des thérapies géniques l’argent afflue vers les laboratoires pour lutter contre le sida, le roi ADN concentre tous les moyens et l’attention aux dépens de l’ARN messager. Avec opiniâtreté, des scientifiques audacieux vont pourtant s’y consacrer dans l’ombre. Le biologiste américain Robert Malone sera le premier à croire à ses vertus médicales : il parvient à montrer que l’ARN peut atteindre l’intérieur des cellules de l’organisme, ouvrant la voie à des pistes thérapeutiques. Du chercheur Frédéric Martinon au duo devenu célèbre Katalin Kariko-Drew Weissman – qui réussit à rendre l’injection d’ARN messager inoffensive –, et de Stéphane Bancel, patron téméraire de Moderna, à Ugur Sahin, oncologue germano-turc et fondateur visionnaire de BioNTech, les pionniers de cette extraordinaire aventure racontent leurs parcours semés d’embûches. Car, en toile de fond, les grands laboratoires d’une industrie pharmaceutique en quête de profits immédiats ont, à maintes reprises, tourné le dos à cette technique qui rapportera des milliards en 2021.